Le Mag

24/05/2022

« C’est la musique qui m’a fait rencontrer le métier d’audioprothésiste »

Si un audio de notre réseau connaît bien la musique, c’est Mathieu Ferschneider, Docteur en neurosciences – Audioprothésiste Diplômé d’État. Installé à Lyon depuis plus de dix ans et désormais à la tête de trois centres d’audition , cet ancien guitariste de ‘rock métal’ nous livre son expérience et ses meilleurs conseils !

Comment est né votre goût pour la musique ?

C’est à l’adolescence que je me suis découvert une passion pour la guitare. Avec des amis nous avions formé un groupe de heavy metal. C’est dire si au niveau décibels nous étions au sommet ! Répétitions, concerts, notre aventure a duré une bonne douzaine d’années. Face à une pratique de plus en plus régulière et intensive, mes parents m’ont incité à protéger mes oreilles. C’est finalement la musique qui m’a fait rencontrer le métier d’audioprothésiste, en réalisant des bouchons de protection sur-mesure.

Avant, vous n’aviez pas essayé une solution standard ?

J’ai bien sûr essayé, mais ce n’était pas très confortable. Et tous les musiciens vous le diront, l’utilisation de bouchons classiques comme les bouchons que l’on trouve en pharmacie, ont certes un rôle de protection, mais ils étouffent tous les sons et particulièrement les aigus. Vous perdez ainsi tous vos repères avec votre instrument et aussi celui de vos voisins. C’est donc dissuasif. L’audioprothésiste, lui, conçoit un bouchon à la mesure de votre oreille, muni d’un filtre ayant pour double vocation d’atténuer l’intensité sonore, tout en rééquilibrant les fréquences. Il existe différents niveaux de filtres selon votre pratique musicale. J’aime à dire que le son, c’est comme le soleil. Il faut prendre en compte l’intensité et la durée d’exposition. Avec notre groupe de rock, le niveau sonore pouvait atteindre 110 décibels. Non protégé, il suffit d’une dizaine de minutes pour avoir des dommages sur les oreilles. Je portais alors des bouchons avec une filtration de 30 décibels pour revenir à un niveau plus acceptable de 80 décibels. Dans ce schéma, il aurait fallu jouer pendant plus de 4h pour avoir des dommages irréversibles aux oreilles. C’est notre rôle d’aiguiller nos clients en fonction de leur pratique et de bien leur expliquer qu’il faut toujours porter leurs bouchons de protection.
Mathieu Ferschneider livre son expérience muscilae avant d'être audioprothésiste

L’aspect « Sur-mesure » est-il important ?

Oui, car aucun conduit auditif ne se ressemble. En fonction de la morphologie de chacun, il est difficile de faire tenir un bouchon standard. Donc nous prenons des empreintes du conduit auditif et le fabricant va mouler un embout silicone à la mesure de votre oreille, dans lequel sera intégré un filtre. Le résultat est plus confortable, le bouchon ne tombe pas et surtout il bouche parfaitement votre conduit auditif. C’est un équipement que les adultes peuvent conserver au moins cinq ou six ans, il suffit d’en prendre soin et surtout de veiller à ne pas le perdre. Soulignons que cette solution est idéale pour les musiciens, mais aussi parfaite pour le public. Les amateurs de concert doivent également avoir ce réflexe, mais peu de personnes se protègent. Tout le monde ressort d’un spectacle avec les oreilles qui sifflent. C’est problématique car les dommages ne sont pas visibles tout de suite. Avec cette activité répétée, au lieu d’être confronté à une perte d’audition vers 65 ans, elle interviendra plutôt vers 40 ans.

Quelles solutions proposez-vous pour les mélomanes équipés d’aides auditives ?

Là, nous ne parlons pas de protection, mais du retour à la notion de plaisir. Ce qu’il faut avant tout savoir c’est que l’appareil auditif est calibré à la base pour corriger la parole et permettre à chacun de bien comprendre ce que les autres disent. Or, un signal de parole est différent d’un signal musical. L’appareil auditif va avoir tendance à déformer un peu le son lorsque l’on écoute de la musique. Heureusement, depuis quelques années, les fabricants d’aides auditives se sont penchés sur le sujet et les équipements proposent un « programme musique » permettant de passer du mode parole au mode musique, soit grâce à un système de détection automatique, soit en actionnant un petit bouton. Le son devient alors nettement plus agréable. Après c’est le travail de l’audioprothésiste de bien étalonner le son car chacun apprécie la musique à sa manière. Là aussi nous prenons le temps de bien faire les choses.

Et pour les musiciens ?

Nous sommes dans un degré de réglage encore plus fin. Car le musicien est non seulement appareillé pour écouter la musique, mais aussi conserver ses sensations et ses repères lorsqu’il joue. Cela m’arrive parfois de faire venir mes patients dans mon laboratoire avec leur instrument pour faire toutes les adaptations nécessaires. Ce fut notamment le cas d’un guitariste qui joue dans une formation de musique manouche depuis une quinzaine d’années. Pour ses répétitions, il avait besoin d’avoir des repères sonores particuliers dans une ambiance très acoustique. Nous avons trouvé l’équilibre parfait et il est désormais bien plus à l’aise. Nous avons fait le même travail avec un joueur d’orgue professionnel. Les programmes musiques l’ont vraiment aidé à pouvoir rééquilibrer ses perceptions et il garde toujours ses appareils en concert.
La musique et l'audition étroitement liés

Les aides auditives sont-elles compatibles avec la musique que l’on écoute habituellement sur son téléphone ?

C’est effectivement ce que j’explique à mes patients. Avec la fonction « Bluetooth® » disponible sur de nombreuses aides auditives, la musique de votre téléphone portable arrive directement dans vos appareils. Ils se transforment alors en un casque d’écoute améliorée, car cette dernière va se faire avec la correction auditive. L’appareil va calibrer le son pour qu’il soit plus équilibré et sans risque, l’appareil limitant la sortie du son. J’ajoute que cette écoute se fait sans couper les micros de l’appareil, ce qui permet de toujours capter ce qu’il se passe autour. C’est plus sûr, surtout lorsqu’on se promène dans la rue. Cette solution offre un vrai plus car on retrouve une qualité sonore qui avait peut-être été perdue avec l’usage de casques classiques.