Le Mag

23/01/2020

Les jeux silencieux

On peut s’étonner qu’il n’y ait pas de sourds et de malentendants aux Jeux Paralympiques. En effet, la fédération ne les autorise pas à concourir, dans la mesure où une personne dont l’audition n’est pas altérée gravement n’est pas considérée comme ayant de réelles incapacités physiques.

Les sourds et malentendants ont néanmoins un concours sportif qui leur est réservé : les Deaflympics1. C’est d’ailleurs la plus ancienne compétition multisports après les Jeux Olympiques. Elle se déroule tous les 4 ans depuis 1924, après avoir été fondée par le Français Eugène Rubens-Alcais à Paris. Décalés en 1931 pour ne pas avoir lieu la même année que les Jeux Olympiques, les Deaflympics n’ont cessé d’accueillir de plus en plus d’athlètes venus de tous pays.

Pour y participer, il faut que l’athlète possède un seuil d’audition inférieur à 55 décibels, et bien entendu, qu’il ne porte durant les épreuves aucune aide auditive ou audioprothèse. 21 sports étaient au programme lors des derniers Deaflympics en 2017, comprenant entre autres le football, le badminton, le taekwondo, le karaté, la course d’orientation, le golf, le cyclisme ou le tir sportif. Certaines disciplines sont aménagées pour répondre aux besoins des malentendants ; par exemple au football, l’arbitre central est équipé d’un drapeau, comme les arbitres de touche, afin d’accompagner ses décisions d’un signal visuel.

Deaflympics, des jeux spécialement pensés pour les personnes sourdes et malentendantes

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Des sportifs exemplaires

Que ce soit pendant les Jeux des malentendants, dans les championnats classiques ou lors de compétitions officielles, certains athlètes ont retenu notre attention. Grands champions, exemples de détermination ou forces de la nature, petit tour de piste des sportifs malentendants ou sourds qui ont marqué le monde du sport.

  • Tamika Catchings est une joueuse américaine de basketball considérée comme un monument de la ligue féminine de basket aux États-Unis. La quadruple championne olympique a de nombreux records à son actif, et figure parmi les meilleures joueuses de tous les temps. Sa particularité ? Elle est malentendante depuis la naissance. Ayant appris à lire sur les lèvres, elle est non seulement une source d’inspiration pour tous les amateurs de basketball, mais aussi pour toutes les personnes souffrant de problèmes auditifs ou de handicap. Elle a pris sa retraite en 2016, et fut acclamée par tous comme un exemple d’intégrité, de persévérance et de caractère.
  • Autre champion dans sa discipline, le sud-africain Terence Parkin est un habitué des podiums de natation. Atteint de surdité, il a gagné 29 médailles d’or aux Deaflympics de 1997 à 2009. Grand champion, sa plus grande victoire n’est peut-être pas là. Car en 2000, c’est bien ce nageur sourd qui s’élance dans le bassin de Sydney aux côtés des athlètes entendants, départ qu’il réalise grâce à un signal lumineux de l’autre côté de la piscine. Terence Parkin finit deuxième, et devient ainsi vice-champion olympique du 200m brasse. Désirant à tout prix représenter son pays, il expliqua aussi qu’il lui tenait à cœur de montrer à tous que les sourds et malentendants étaient aussi capables de grandes choses. Mission accomplie !

Pour toute personne née sourde ou devenue malentendante, il peut être plus difficile de participer à la vie collective. Pourtant, le sport est une alternative de taille pour intégrer un groupe et partager de beaux moments. De plus, pratiquer un sport malgré ses problèmes d’audition permet d’accomplir quelque chose de grand ; il n’y a rien de plus beau que de surpasser des difficultés qui ne dépendent pas de nous, et de réaliser des choses qui semblaient à première vue impossibles. De nombreuses associations sportives2 sont dédiées aux personnes sourdes ou malentendantes en France. N’hésitez plus et faites le grand saut !

1 http://www.deaflympics.com/
2 http://www.handiguide.sports.gouv.fr/https://www.sourds.net/