Le Mag

01/08/2018

« De nombreuses personnes souffrant d’acouphènes sont en errance thérapeutique »

Audioprothésiste à Nancy, en Lorraine, et membre d’une association du réseau d’acouphènologie Afrepa, Romain Decolin explique les effets déclencheur et différé de la JNA.

Romain Decolin explique les effets déclencheur des acouphènes.

Vous avez participé à la Journée nationale de l’audition en mars dernier, quel bilan en tirez-vous ?

AUDITION CONSEIL était partenaire de la 21e JNA comme chaque année depuis sa création, et notre centre de Nancy y a participé à ce titre. Nous avons agi en lien avec la Ville pour informer et tester l’audition des personnes qui le désiraient. Tous les ans, la JNA pousse les gens qui hésitent à franchir le pas. Nous n’avons pas eu davantage de demandes d’information et de dépistage pour des acouphènes ou de l’hyperacousie cette année, mais nous avons pris des rendez-vous. C’est l’effet différé de la JNA, les gens ne viennent pas le jour-même mais dans les semaines qui suivent. L’association Acouphènes 54, à laquelle j’appartiens, nous amène aussi à recevoir des patients dans notre centre pour une prise en charge spécifique toute l’année.

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Que conseillez-vous aux personnes qui souffrent d’acouphènes ou d’hyperacousie ?

La prise en charge de ces troubles se fait en plusieurs étapes, toutes importantes. Le patient doit d’abord consulter un médecin ORL sensibilisé à la question. De nombreuses personnes sont, en effet, en errance thérapeutique car leur médecin généraliste ou spécialiste ne les a pas orientées vers une prise en charge spécifique. Lorsqu’il y a eu prescription d’un appareillage ou lorsque le patient nous est adressé pour étudier ses acouphènes, nous prenons précisément la mesure de ces derniers.

Cela nous permet de montrer au patient où se situe l’acouphène sur l’audiogramme, afin qu’il comprenne et qu’il accepte les solutions proposées. Ensuite, nous évaluons sa gêne pour définir la meilleure prise en charge. Dans la majorité des cas, lorsque l’acouphène est associé à une perte auditive, le traitement acoustique donne de bons résultats, mais parfois, une approche pluridisciplinaire peut être nécessaire. Il faut alors savoir orienter le patient vers un autre professionnel de santé comme un sophrologue, un hypnothérapeute, un psychologue ou même un psychiatre.

Comment mieux lutter contre le développement des acouphènes et de l’hyperacousie ?

Il faut sensibiliser les gens à la nécessité de protéger leurs oreilles. Nous l’avons fait lors de la JNA en distribuant des bouchons et en expliquant comment éviter une perte d’audition.

Il faut aussi amener à consulter le plus rapidement possible, alors que c’est souvent la chronicité des troubles qui conduit les patients à le faire. Enfin, une sensibilisation des médecins généralistes et des ORL est nécessaire si l’on veut que davantage de personnes accèdent aux traitements. L’association

Acouphènes 54 participe pour cela à la formation continue des médecins traitants en Lorraine, et à l’information des ORL sur l’existence d’une équipe médicale pluridisciplinaire dans le département.